Nano Orte

Nano Orte

Après avoir intégré le Master en Pratique Artistique à l’École de Recherche Graphique, Nano Orte est installé depuis quelques années dans la capitale belge, où il dit se sentir comme chez lui. Dans cet entretien, Orte nous introduit à son travail et à ses derniers projets, et nous explique le rapport qu’il entretient avec le contexte culturel où il se trouve actuellement, à cheval entre la Belgique et l’Espagne.

Nano Orte étudie les messages implicites dans les images qui nous sont exposées au quotidien ; il s’intéresse à cette réalité visuelle avec l’intention d’interroger sa signification. Il a été en résidence à l’iMal, Center for digital culture and technology, Bruxelles (2016) et son travail a été montré dans des expositions collectives comme « Muestra de Materiales » La Situación 2016, Université de Cuenca (2016) et « Art Truc Troc 2017 » BOZAR, Bruxelles (2017). Plus récemment, grâce à la bourse de Production Iniciarte du gouvernement andalou (Junta de Andalucía), il présente « Los caprichos del Flujo » à la salle Iniciarte à Cordoue (2017).

- Tu viens de Séville et tu habites en Belgique depuis deux ans et demi. À quel moment décides-tu t’installer à Bruxelles ?

Je suis arrivé à Bruxelles attiré par le programme du master de l’École de Recherche Graphique. Quand je suis arrivé je ne savais pas combien de temps j’allais rester, mais ma vie s’est construite dans cette ville qu’aujourd’hui je considère comme chez moi.

Dans ton travail tu évoques des thèmes comme la circulation des images à l’heure actuelle, et tu t’intéresses ainsi à analyser les constructions visuelles de notre culture occidentale. Pourrais-tu nous parler un peu plus de l’origine de cet intérêt ?

L’origine de cet intérêt se trouve dans mon intérêt premier aux études de culture visuelle, qui vivent leur apogée dans les années 2000. Cette discipline est un territoire d’analyse multidisciplinaire où se rencontrent des théoriciens de la communication, des anthropologues, des historiens de l’art et des artistes. Dans les études de culture visuelle le rapport au medium et la culture de masse sont des questions importantes. Mon rapprochement à ces théories m’a amené depuis le début de ma carrière artistique à m’intéresser à la circulation des images et des objets culturels dans notre contexte global et digital. Il semble que ces dernières années, cette discipline à la mode s’est repliée sur elle même pour revenir au cadre disciplinaire antérieur, même si aujourd’hui ces disciplines antérieures ont été contaminées par des méthodologies et des perspectives d’autres champs. Néanmoins, ma pratique artistique suit la même évolution. Ma pratique se développe dans le contexte artistique, mais je reste toujours attentif à comment notre imaginaire collectif et notre relation aux images s’organisent.

- Avec quels outils te sens-tu plus confortable au travail et comment te laisses-tu influencer par ton contexte immédiat ?

Je travaille régulièrement sur des objets du quotidien et qui sont fortement connotés par l’utilisation que nous en faisons. Les objets auxquels je me rapproche déterminent en grande partie le medium final des œuvres. Mes derniers travaux se présentent comme des installations photographiques, même si en fonction du contexte, je présente souvent ces travaux comme des photographies ou des sculptures. Par rapport au contexte, la lecture que j’en fais influence fortement mon travail. Je conçois que la production de culture est une proposition sur ce que nous voulons que notre culture soit, et cela en continuité avec l’Histoire culturelle qui nous précède. L’art contemporain, se produisant aujourd’hui dans le cadre d’un contexte globalisé, tend à considérer le contexte où les œuvres sont exposées comme un contexte acculturé. Je considère que ce postulat est une proposition culturelle en soi. Aussi, je crois qu’il est important de marquer la différence entre, d’un côté, les pratiques culturelles pour un contexte culturel concret, et de l’autre, les pratiques culturelles qui sont un produit caricaturiste d’un imaginaire culturel déterminé.

- Ton travail exige une approche conceptuelle pour être compris, même si sa grande charge visuelle permet en grande mesure de s’approprier celui-ci. Quelle importance la rencontre de ton œuvre avec le public en général a-t-elle pour toi ?

En effet, la charge visuelle de mon travail est une stratégie pour introduire le spectateur dans mes réflexionsconceptuelles. Il faut penser cette stratégie en relation aux stratégies utilisées dans la publicité. La publicité a toujours une dimensionsensitive qui m’intéresse comme point de départ dans mes installations. Je conçois le sensible comme le pas préalable pour guider le spectateur au compréhensible ; en contraposition à la publicité, qui utilise le sensible comme le pas préalable à la consommation. En définitive, ce que je propose au public dans mes expositions est une expérience de rencontre entre ce qui relève de la sensibilité et ce qui relève de la compréhension.

- Tu as été récemment sélectionné comme artiste émergent dans le cadre du programme « Iniciarte » de la région d’Andalousie. Qu’est ce qui t’a poussé à te présenter à un appel à projets comme celui-ci ?

D’un côté, c’est un moyen de financer la production et le temps dédié à celle-ci. En même temps, c’est une opportunité pour donner une plus grande visibilité à mon travail. Certains projets liés davantage à la recherche et pas directement à la vente d’œuvres, comme par exemple mon projet actuel Los caprichos del flujo. CUERPO, peuvent seulement être concevables avec le soutien d’institutions publiques (ou bien avec l’autofinamencement).

- En tant qu’artiste vivant à l’étranger, que penses-tu du paysage artistique dedans et dehors notre pays ?

En Espagne, les vrais centres de création et d’échange de connaissances sont concentrés dans les grandes capitales. De mon point de vue, le tissu créatif en Espagne s’est enrichi dans les dernières décennies, malgré le peu de poids économique en mouvement. Je pense que le contexte espagnol doit être conscient du fait que lui-même a comme point de départ la périphérie, et donc qu’il faut avoir le courage de générer un récit émancipé propre, en dialogue avec et inséré dans le tissu de l’art contemporain global. Le contexte belge, qui est celui que je connais le mieux, part d’une histoire insérée dans le grand récit de l’Histoire de l’art moderne et contemporain. Le grand récit est lui-même émancipé. Ceci permet d’approcher la création sans le complexe de devoir produire des discours ou positions déjà vues.

- Enfin, qu’est-ce que tu retiens dans l’offre culturelle de Bruxelles et où aimerais-tu te voir dans les prochaines cinq années ?

Laissant de côté le grand centre de référence, le Wiels, il existe une grande variété de centres d’art contemporain avec un postulat « internationaliste » comme l’Iselp, La Loge, Argos ou NICC. Je considère très positif ce réseau de petits espaces, puisque les divers postulats génèrent un contexte ouvert aux différents intérêts du public. Quant à mes attentes, je préfère ne pas m’imposer des objectifs à tant d’années. Mon objectif à court terme est d’établir un lien stable avec une galerie, et en même temps générer une dynamique quotidienne d’expositions autour de mon campement de base qui est Bruxelles.

– Entretien réalisé par Lara Molina

Credits:

  • NANO ORTE. LOS CAPRICHOS DEL FLUJO. CUERPO. 2017 – CORTESÍA DEL ARTISTA Y EL PROGRAMA INICIARTE. FOTO: JUAN LÓPEZ LÓPEZ
  • NANO ORTE. ISTOCK SERIE. 2017 – CORTESÍA DEL ARTISTA
  • (c) Photo: Jorge Mancin. Festival Intramurs Valencia

Origine

Sevilla

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Échantillon de son travail

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